Après 70 ans d’interdiction, la Suisse s’apprête à rouvrir la porte aux courses automobile
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Après 70 ans d’interdiction, la Suisse s’apprête à rouvrir la porte aux courses automobile

Matteo Mercier 31 mai 2026

Source : Auto PlusAuteur : Matteo Mercier

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La Suisse a toujours entretenu un rapport un poil schizophrène avec l'automobile sportive. D'un côté, les routes helvétiques regorgent de bolides hors de prix, avec des collectionneurs parmi les plus fervents d'Europe. De l'autre, impossible de brûler la gomme sur un tracé fermé. Le public suisse devait se contenter de regarder les batailles en peloton à la télévision. Il a fallu des années de tergiversations pour que la machine législative daigne enfin s'activer et redonner le droit de rouler vite, ensemble, sur un ruban d'asphalte dédié.

Le spectre de la tragédie s'efface

Il faut remonter au 11 juin 1955 pour comprendre les racines de ce blocage psychologique. Ce jour-là, les 24 Heures du Mans basculent dans l'horreur absolue lorsque la Mercedes 300 SLR du Français Pierre Levegh percute la voiture qui le précède, s'envole et se désintègre littéralement au milieu d'une foule. Le bilan de ce cauchemar glace le sang et reste le plus lourd de l'histoire du sport automobile : 84 morts, dont le malheureux pilote, et plus de 120 blessés éparpillés dans les gradins. Face au carnage, plusieurs nations européennes ont tiré le frein à main en bannissant les épreuves de vitesse. Si les Français ont rapidement remis le contact après avoir revu leurs standards de sécurité à la hausse, les autorités suisses ont préféré jeter la clé au fond du lac.

Depuis 1956, la loi sur la circulation routière (LCR) verrouillait toute tentative de course en peloton. Seules quelques miettes étaient laissées au travers d'une loi de 1958, comme les rallyes ou les courses de côte, tolérés uniquement parce que les concurrents s'élancent les uns après les autres contre le chronomètre et non en paquet. Il a fallu que les moteurs deviennent silencieux pour amadouer les sphères dirigeantes. En 2016, le championnat de Formule E réussit un joli tour de force en arrachant une dérogation pour faire rouler ses monoplaces électriques. Les ePrix de Zurich en 2018, puis de Berne l'année suivante, prouvent que le public répond présent. Fort de ce double test grandeur nature, le Parlement a finalement mis les mains dans le cambouis en 2023 en lançant une révision de la fameuse LCR. C'est ce chantier de fond qui a permis au Conseil fédéral d'entériner la fin officielle de cette prohibition pour l'été 2026 !

Tout reste à construire

Maintenant que le feu passe au vert, il va falloir passer aux actes. L'engouement est palpable chez les passionnés, surtout quand on sait à quel point la Suisse sert de plaque tournante pour les amateurs d'automobiles de prestige. Le terreau semble parfait pour relancer une vraie dynamique locale, d'autant plus que le pays pleure encore la disparition de son emblématique Salon de Genève. L'événement, qui régnait en maître sur la planète automobile depuis un peu plus d'un siècle, a rendu l'âme après une reprise avortée en 2024.

Cependant, il ne suffit pas d'agiter un drapeau à damier ou de signer un bout de papier à Berne pour voir éclore un Grand Prix. Actuellement, en raison de cette interdiction prolongée, le territoire suisse est tout simplement vierge de la moindre infrastructure capable de supporter des compétitions de haut vol. Bâtir un tracé demande des terrains immenses, des budgets faramineux et nécessite de naviguer dans un océan de contraintes environnementales très strictes. Les promoteurs vont devoir se lever de bonne heure pour convaincre des riverains souvent hostiles aux nuisances sonores et trouver des modèles économiques en béton. L'autorisation légale décrochée n'était finalement que le bout du tunnel administratif. Elle ouvre désormais un chantier d'ingénierie et de tractations politiques au niveau cantonal qui s'annonce d'une complexité absolue.

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