Aston Martin voit son chiffre d'affaires bondir de 36 %, mais continue de perdre des millions
Source : AutoSection — Auteur : Matteo Mercier
Aston Martin, c'est la marque de James Bond, des grandes routières élégantes et des V12 qui chantent. C'est aussi un constructeur qui enchaîne les plans de redressement depuis des années. Son principal actionnaire a dû remettre la main au portefeuille à plusieurs reprises pour le maintenir à flot. Les taxes américaines sur les voitures importées et le coup de froid sur le luxe en Chine n'ont rien arrangé. Pour sortir de l'ornière, la marque compte sur une supercar hybride très attendue, qui arrive enfin chez ses premiers clients. Mais suffit-il d'une voiture d'exception pour remettre une entreprise sur pied ? Et où en est la marque sur notre continent ?
La Valhalla fait grimper la facture moyenne
Le 28 octobre, Aston Martin a présenté ses résultats du troisième trimestre. À première vue, le chiffre d'affaires a de quoi faire sourire. Il bondit de 36 % sur un an, à 388,7 millions de livres sterling. Pourtant, le constructeur n'a pas vendu plus de voitures. Il en a livré 1431 à ses concessionnaires entre juillet et septembre, exactement comme un an plus tôt. Le secret tient en un mot, le prix. Une Aston Martin vendue sur la période rapporte en moyenne 247 000 livres, soit 39 % de plus qu'un an plus tôt. Ce bond s'explique surtout par la Valhalla, une supercar hybride rechargeable à moteur central. Elle fait partie des séries spéciales, ces modèles produits en petit nombre et vendus très cher. Hors séries spéciales, les livraisons reculent même de 9 %. La gamme classique, des coupés GT au DBX, tourne donc au ralenti.
La suite est déjà prévue. Aston Martin a dévoilé une Valhalla Spider, sans toit, dont les livraisons commenceront au troisième trimestre 2027. Son carnet de commandes court déjà jusqu'à la fin de cette même année. Il faudra aussi compter sur la Valen, présentée comme la voiture de série à moteur avant la plus puissante du monde. Ses premières livraisons sont prévues au deuxième trimestre 2027. Le problème, c'est que tout cela ne suffit pas encore. Aston Martin affiche une perte avant impôts de 77,1 millions de livres sur le trimestre. Elle est moins importante qu'un an plus tôt, où elle dépassait 111 millions, mais le rouge reste bien là. La faute, en bonne partie, à la dette. Fin septembre, elle atteignait près de 1,6 milliard de livres. C'est près de 200 millions de plus qu'à la fin de 2025. Rien qu'en intérêts, le constructeur prévoit de verser environ 160 millions de livres sur l'ensemble de l'année.
En Europe, la marque perd du terrain
Derrière la moyenne, les marchés évoluent dans des sens très différents. Le Royaume-Uni se porte bien, avec des livraisons en hausse de 26 % au troisième trimestre. Les Amériques progressent aussi, de 11 %. Mais dans la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique, hors Royaume-Uni, les livraisons chutent de 20 %. C'est dans cette zone que se trouve la France. Seulement 373 voitures y ont été livrées entre juillet et septembre. L'Asie-Pacifique recule aussi, plus légèrement. Autre signe à surveiller, les concessionnaires écoulent leurs stocks. Depuis janvier, les ventes aux clients des modèles de série dépassent de plus de 20 % les livraisons aux distributeurs. Aston Martin reconnaît avoir soutenu ses concessionnaires pour vendre des voitures restées trop longtemps en stock. Résultat, le prix moyen des modèles de série recule légèrement sur neuf mois.
Plusieurs nuages restent au-dessus de la marque. Le premier vient des États-Unis. Depuis 2025, les constructeurs britanniques sont soumis à un quota pour profiter d'un droit de douane réduit. Selon Aston Martin, ce mécanisme rend ses ventes trimestrielles difficiles à prévoir. Le deuxième vient de Chine, où une éventuelle modification de la taxe sur les voitures de très grand luxe pourrait avoir un fort impact. Le troisième, c'est le conflit au Moyen-Orient. En juillet, elle évoquait déjà ses effets sur les prix de l'énergie et sur les approvisionnements. Pour tenir, Aston Martin serre les boulons. En février, le constructeur a annoncé la suppression de jusqu'à un cinquième de ses quelque 3000 emplois. Il en attend environ 40 millions de livres d'économies. Les investissements prévus jusqu'en 2030 ont aussi été revus à la baisse, à environ 1,7 milliard de livres. Ils devaient au départ approcher les 2 milliards.
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