Avec un simple permis B, certains retraités deviennent convoyeurs automobiles pour arrondir leurs fins de mois
Source : Auto Plus — Auteur : Etienne Villaret
Voir l'article originalGagner 1 500 € par mois simplement avec un permis B et un smartphone. Pour de nombreux retraités dont la pension est de plus en plus serrée, cette promesse est séduisante. Sur TikTok, Facebook et dans certains articles, le convoyage automobile est décrit comme le "petit boulot" parfait pour compléter ses revenus, en se contentant de transporter des voitures d’un point A à un point B, selon Seniorsactu.
Le concept semble simple. Un loueur, un concessionnaire ou un particulier souhaite faire déplacer un véhicule. Le retraité, inscrit sur une plateforme telle que Hiflow, DriiveMe ou Otoqi, accepte la mission via son téléphone, prend la voiture, la livre, puis rentre chez lui. La liberté de choisir ses trajets, sans besoin de diplôme, et des journées passées sur la route plutôt qu’à la maison. Sur le papier, cela semble presque trop beau. Cependant, lorsque l'on fait les comptes, la réalité est souvent différente.
Convoyage auto : une promesse de 1 500 € par mois qui attire les retraités
Sur les réseaux, le message est toujours le même : avec un simple permis B et un smartphone, un retraité pourrait gagner jusqu’à 1 500 € par mois en convoyant des voitures. Les plateformes mettent en avant des centaines de véhicules déplacés chaque jour en France, des partenariats avec des groupes comme Stellantis ou Volkswagen, et une grande flexibilité. Cela donne l’impression d’une activité simple et agréable, qui permettrait de compléter sa retraite sans trop d’efforts.
En réalité, le montant de 1 500 € est le maximum, et surtout brut. Cela concerne des profils très actifs, qui enchaînent les missions de longue distance plusieurs jours par semaine. Pour un retraité "classique", déjà bien engagé dans l’activité, le montant est plutôt autour de 500 € par mois. Et encore, avant de parler de ce qu’il reste vraiment, il faut considérer ce qui est payé. Le carburant et les péages de la mission sont remboursés, mais le trajet retour, les repas, parfois l’hébergement et même le trajet aller pour rejoindre le véhicule, eux, restent souvent à la charge du convoyeur.
Quand les frais réduisent fortement les revenus des retraités convoyeurs
Un exemple concret illustre bien la différence. En un mois d'activité intense, un retraité peut gagner environ 1 200 € bruts grâce aux missions. Cependant, il doit déduire environ 180 € pour ses trajets de retour en train ou en covoiturage, ainsi que 80 € pour les repas et autres petites dépenses. À cela s'ajoutent les cotisations de micro-entrepreneur, qui représentent 21,2 % du chiffre d'affaires, soit 254 € sur les 1 200 €. Enfin, l'assurance de responsabilité civile professionnelle, essentielle, coûte entre 1 500 et 2 800 € par an, ce qui équivaut à 125 à 233 € par mois.
Après ces déductions, le revenu net réel pour ce mois "intense" se situe entre 453 et 561 €. Ainsi, sur les 1 200 € annoncés par l'application, moins de la moitié reste en poche, bien loin des 1 500 € vantés dans certaines vidéos. Il faut également considérer le temps consacré à l'organisation des trajets, aux correspondances, aux attentes et aux démarches administratives. Tout cela ne rapporte pas d'argent, mais prend du temps, ce qui est important pour un retraité qui espérait simplement faire "quelques balades" en voiture.
Retraités convoyeurs : micro-entreprise, pension et précautions à prendre avant de se lancer
Un aspect souvent négligé par les slogans : s'inscrire sur ces plateformes ne se résume pas à un simple clic. Il est nécessaire d'adopter le statut de micro-entrepreneur, ce qui implique une immatriculation, l'obtention d'un numéro SIRET et la déclaration régulière du chiffre d'affaires à l'URSSAF. Les cotisations de 21,2 % s'appliquent sur le chiffre d'affaires brut, et non sur le bénéfice après déduction des frais de transport, repas et assurance. Une assurance RC Pro est également requise, coûtant généralement entre 125 et 233 € par mois pour ceux qui conduisent fréquemment.
Pour les retraités, le cumul emploi-retraite est une question cruciale. Un cumul intégral sans plafond est possible si trois conditions sont remplies : avoir une retraite à taux plein, avoir liquidé toutes les pensions et avoir atteint l'âge légal de départ. Sinon, les revenus en tant que micro-entrepreneur sont limités à 24 030 € par an, soit environ 2 000 € par mois. Dépasser ce seuil peut entraîner une réduction ou une suspension de la pension. Il est donc essentiel de vérifier sa situation auprès de sa caisse avant de commencer.
Avant de débuter, quelques précautions peuvent éviter des déconvenues :
- Calculer les frais réels de retour, de repas, d'hébergement éventuel et demander des devis pour l'assurance RC Pro.
- Simuler les cotisations URSSAF pour différents niveaux de chiffre d'affaires.
- Vérifier précisément les conditions de cumul emploi-retraite auprès de l'Assurance retraite ou de sa Carsat.
- Comparer les plateformes, leurs conditions d'accès et ce qu'elles remboursent réellement.
- Commencer par quelques missions test pour évaluer la rentabilité avant de s'engager régulièrement.
Comme le soulignent plusieurs convoyeurs indépendants sur les forums spécialisés, "les plateformes sont un bon complément, mais il est très difficile d'en vivre uniquement", rapporte SeniorActu. Pour un retraité qui aime conduire et qui est prêt à gérer la paperasse et les trajets de retour, le convoyage peut être une option, à condition de bien analyser les chiffres réels avant de se laisser séduire par les promesses.
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