Ce voisin direct de la France envisage de limiter ses autoroutes à 80 km/h pour économiser du carburant
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Ce voisin direct de la France envisage de limiter ses autoroutes à 80 km/h pour économiser du carburant

Mael Pilven 28 octobre 2026

Source : Automobile Magazine — Auteur : Mael Pilven

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Alors que les tensions sur l’approvisionnement en carburant se multiplient en Europe, un pays frontalier de la France étudie une mesure pour le moins inhabituelle : abaisser la vitesse maximale sur ses autoroutes à seulement 80 km/h. Une restriction qui pourrait surprendre les automobilistes, et qui ne répond même pas à une préoccupation de sécurité routière. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, la hausse des prix à la pompe n’est pas non plus directement en cause.

La Suisse envisage d’abaisser la vitesse maximale sur ses autoroutes de 120 à 80 km/h en cas de grave pénurie de carburant. Une mesure encore à l’étude, qui permettrait de réduire sensiblement la consommation des automobilistes. © L'Automobile Magazine / Image générée par IA
La Suisse envisage d’abaisser la vitesse maximale sur ses autoroutes de 120 à 80 km/h en cas de grave pénurie de carburant. Une mesure encore à l’étude, qui permettrait de réduire sensiblement la consommation des automobilistes. © L'Automobile Magazine / Image générée par IA
  • Gestion de crise logistique : Face aux difficultés d'acheminement pétrolier, la Suisse envisage de limiter préventivement la vitesse sur autoroute à 80 km/h.
  • Efficience énergétique des transports : Réduire l'allure de 120 à 80 km/h permettrait de diminuer la consommation de carburant thermique d'environ 42 % à vitesse stabilisée.
  • Cohabitation des motorisations automobiles : L'exemption logique des véhicules électriques à cette restriction énergétique créerait un différentiel de vitesse dangereux entre les usagers.

C’est en Suisse que les automobilistes pourraient bientôt devoir lever le pied. Alors que la vitesse maximale sur autoroute y est actuellement fixée à 120 km/h, les autorités fédérales étudient la possibilité de l’abaisser à 80 km/h en cas de grave pénurie de carburant. Selon plusieurs médias suisses, l’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays (OFAE) a soumis cet automne un projet en ce sens à plusieurs services de l’administration.

L’objectif est de préparer une mesure d’urgence qui pourrait être activée si les difficultés d’approvisionnement venaient à s’aggraver. L’OFAE confirme qu’une consultation interne a été menée, mais les conditions précises d’application restent à définir. Surtout, aucune décision n’a encore été prise par le Conseil fédéral. La limitation à 80 km/h ne constitue donc, à ce stade, qu’une possibilité parmi les dispositifs destinés à réduire la consommation nationale de carburant.

Une crise d’approvisionnement qui inquiète les autorités

Face aux difficultés d’approvisionnement, la Suisse a déjà autorisé le prélèvement de 45 millions de litres de diesel dans ses réserves stratégiques. La limitation à 80 km/h constituerait une mesure supplémentaire en cas de pénurie grave. © Image générée par IA
Face aux difficultés d’approvisionnement, la Suisse a déjà autorisé le prélèvement de 45 millions de litres de diesel dans ses réserves stratégiques. La limitation à 80 km/h constituerait une mesure supplémentaire en cas de pénurie grave. © Image générée par IA

Il n’empêche que la mesure a de quoi surprendre. Surtout que si la Suisse envisage une restriction aussi importante, ce n’est pas uniquement en raison de l’envolée de la pollution ou des prix à la pompe. Le pays rencontre depuis plusieurs semaines des difficultés pour acheminer ses produits pétroliers. Les fortes pluies de ces dernières semaines dans le sud de la France ont notamment perturbé les livraisons de diesel par pipeline, tandis que le niveau particulièrement bas du Rhin complique le transport fluvial. À cela s’ajoutent des perturbations ferroviaires et les tensions sur les routes internationales d’approvisionnement.

La situation a déjà conduit les autorités à puiser dans leurs réserves stratégiques. Le 23 octobre, la Confédération a autorisé la mise à disposition de 45 millions de litres de diesel, soit un peu moins de 4% des stocks obligatoires disponibles. En septembre, l’arrêt temporaire de la raffinerie de Cressier, la seule du pays, avait déjà nécessité le recours aux réserves de carburant. L’approvisionnement reste assuré pour le moment, mais les autorités le jugent fragile. Et veulent anticiper.

Dans ce contexte, réduire la vitesse sur autoroute constituerait un moyen de limiter la demande plutôt que de chercher uniquement à augmenter les quantités disponibles. Une mesure contraignante, qui ne fait toutefois pas l’unanimité. Le président de l’Automobile Club de Suisse (ACS), Simone Gianini, estime que les conditions ne sont pas réunies aujourd’hui. Pour autant, il reconnaît que son organisation ne s’opposerait pas à une réduction temporaire en cas de pénurie grave, à condition que son efficacité soit démontrée.

Jusqu’à 40% de carburant économisé en roulant moins vite ?

En Suisse, la vitesse maximale sur autoroute est actuellement fixée à 120 km/h. L’abaisser à 80 km/h permettrait de réduire la consommation de carburant, mais allongerait aussi sensiblement les temps de trajet. © Vinci Autoroutes
En Suisse, la vitesse maximale sur autoroute est actuellement fixée à 120 km/h. L’abaisser à 80 km/h permettrait de réduire la consommation de carburant, mais allongerait aussi sensiblement les temps de trajet. © Vinci Autoroutes

Mais une telle réduction de vitesse serait-elle réellement efficace ? Interrogé par le média suisse Nau.ch, Christian Bach, spécialiste des systèmes de propulsion à l’institut de recherche Empa, avance des chiffres significatifs. Selon son exemple, une voiture diesel moderne consommant 6,2 l/100 km à une vitesse constante de 120 km/h ne réclamerait plus que 3,6 l/100 km à 80 km/h. Soit une économie d’environ 42%.

Cette différence s’explique principalement par la résistance de l’air, qui augmente fortement avec la vitesse. Reste que ces résultats correspondent à des conditions de circulation stabilisées et ne peuvent pas être généralisés à l’ensemble du parc automobile. Les économies seraient notamment moins importantes en cas de ralentissements et d’accélérations fréquentes. Autre contrepartie : sur une même distance, passer de 120 à 80 km/h allonge théoriquement le temps de parcours de 50%, hors embouteillages.

L’idée n’est d’ailleurs pas totalement nouvelle en Suisse. Lors du choc pétrolier de 1973, le pays avait déjà limité la vitesse sur autoroute à 100 km/h et instauré des dimanches sans voiture pour réduire sa consommation de pétrole. Plus de cinquante ans après, les autorités envisagent donc de ressortir un dispositif comparable, dans un contexte énergétique différent. Reste à déterminer si cette restriction concernerait tous les véhicules, y compris les modèles électriques, qui ne consomment pourtant aucun carburant pétrolier en roulant. Une éventuelle exemption poserait toutefois une autre question : celle de la sécurité, avec des véhicules autorisés à circuler à 120 km/h quand d’autres seraient limités à 80 km/h. De quoi compliquer la mise en œuvre d’une mesure pourtant simple sur le papier.

Mael Pilven Journaliste automobile

Nouvelle ou ancienne, thermique ou électrique, l'automobile me fait vibrer depuis toujours. Au volant comme derrière mon écran, j'en parle avec autant de passion que possible !

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