La voiture électrique continue de coûter très cher à Ford, qui essuie de nouvelles pertes colossales
Actualités

La voiture électrique continue de coûter très cher à Ford, qui essuie de nouvelles pertes colossales

Nathan Giraud 29 octobre 2026

Source : Auto Plus — Auteur : Nathan Giraud

Voir l'article original

En présentant ses résultats financiers du troisième trimestre 2026, Ford Motor Company montre un visage à deux vitesses. Sur le papier, le groupe reste largement dans le vert, avec un bénéfice net confortable et une rentabilité opérationnelle en légère hausse par rapport à l’an dernier.

Derrière cette photo globale plutôt rassurante, une division tranche pourtant nettement avec les autres : la branche 100 % électrique Ford Model e. C’est là que se concentre l’essentiel des pertes, trimestre après trimestre, au point de dépasser à nouveau le seuil symbolique du milliard de dollars, un niveau qui interroge forcément la suite de la transition électrique du constructeur.

Ford Model e : un troisième trimestre encore dans le rouge vif

Sur le seul troisième trimestre 2026, Ford Model e a enregistré une perte opérationnelle de 1,058 milliard de dollars, soit environ 980 millions d’euros. Son chiffre d’affaires atteint 1,2 milliard de dollars (environ 1,1 milliard d’euros), ce qui donne une marge opérationnelle de -86,5 %. La division a écoulé 34 000 véhicules électriques en gros, contre 50 000 un an plus tôt, soit une chute de 31 % des volumes comme du chiffre d’affaires.

Des voitures Ford

Les résultats concernent le groupe dans le monde. En France, Ford vend aussi des véhicules électriques comme le Mustang Mach-E.

En valeur absolue, la perte recule pourtant par rapport au troisième trimestre 2025, où elle s’élevait à 1,410 milliard de dollars (environ 1,3 milliard d’euros). Ford réduit donc ses pertes d’environ 352 millions de dollars (près de 330 millions d’euros), mais sur une activité elle-même en fort repli. Rapporté au nombre de véhicules, ce trimestre se traduit par une perte moyenne d’un peu plus de 31 000 dollars par voiture livrée, soit autour de 29 000 euros par électrique vendue, un ordre de grandeur qui illustre l’ampleur du défi industriel.

Thermiques et utilitaires : Ford Blue et Ford Pro paient la facture électrique

Sur les neuf premiers mois de 2026, les pertes de Ford Model e atteignent 2,75 milliards de dollars (environ 2,6 milliards d’euros), contre 3,59 milliards de dollars (environ 3,3 milliards d’euros) sur la même période de 2025. La trajectoire s’améliore donc légèrement, mais reste très éloignée de l’équilibre. Ford anticipe d’ailleurs toujours environ 4 milliards de dollars de pertes opérationnelles pour Model e sur l’ensemble de l’année 2026, soit près de 3,7 milliards d’euros. Avec déjà 2,75 milliards engloutis fin septembre, le dernier trimestre devrait rester du même ordre de grandeur, ce qui prolonge la série de trimestres marqués par des pertes supérieures au milliard.

Dans le même temps, le reste du groupe affiche des comptes bien plus robustes. Au troisième trimestre 2026, Ford dégage un chiffre d’affaires global de 49,5 milliards de dollars (environ 46 milliards d’euros), pour un bénéfice net de 2,05 milliards de dollars (près de 1,9 milliard d’euros) et un résultat opérationnel ajusté de 2,7 milliards de dollars (environ 2,5 milliards d’euros). Les volumes mondiaux reculent d’environ 9 %, mais la rentabilité opérationnelle ajustée progresse, à 5,4 % contre 5,1 % un an plus tôt, portée surtout par les divisions thermiques et utilitaires.

La branche historique Ford Blue (modèles thermiques et hybrides) reste largement profitable, avec 27,1 milliards de dollars de chiffre d’affaires au troisième trimestre (environ 25,2 milliards d’euros) et 1,39 milliard de dollars de résultat opérationnel (l’équivalent de 1,3 milliard d’euros). Sa marge opérationnelle s’établit à 5,1 %, contre 5,5 % un an plus tôt, sur fond de volumes en baisse de 10 % et d’arrêt de certains modèles. De son côté, la division professionnelle Ford Pro affiche 17,8 milliards de dollars de chiffre d’affaires (environ 16,6 milliards d’euros) et 1,67 milliard de dollars de résultat opérationnel (près de 1,5 milliard d’euros), pour une marge de 9,4 % malgré un léger recul des volumes et des coûts de lancement supplémentaires.

Mis bout à bout, les bénéfices opérationnels de Ford Blue et Ford Pro représentent environ 3,06 milliards de dollars (près de 2,8 milliards d’euros) sur le trimestre, soit bien plus que ce que perd la branche électrique. En clair, ce sont les ventes de modèles thermiques, hybrides et d’utilitaires, épaulées par les 803 millions de dollars (environ 740 millions d’euros) de bénéfice avant impôt de Ford Credit, qui financent la facture des pertes électriques Ford. Ford en profite pour relever la borne basse de sa prévision de résultat opérationnel ajusté 2026, désormais comprise entre 10,5 et 11 milliards de dollars (entre 9,8 et 10,3 milliards d’euros), avec une contribution attendue d’environ +5,5 milliards de dollars pour Ford Blue, +7 milliards pour Ford Pro, -4 milliards pour Model e et +2,8 milliards pour Ford Credit.

En arrière-plan, le constructeur continue de réorganiser en profondeur sa stratégie électrique. Sur les neuf premiers mois de 2026, il a déjà enregistré 800 millions de dollars (environ 740 millions d’euros) de charges exceptionnelles liées à l’annulation de certains programmes électriques annoncés fin 2025, ainsi qu’une charge cumulée de 3,6 milliards de dollars (près de 3,3 milliards d’euros) liée à la sortie de la coentreprise BOSK dans les batteries. Parallèlement, Ford investit dans une nouvelle plateforme Universal Electric Vehicle, dans l’écosystème énergétique Ford Energy et prépare une nouvelle génération de modèles, avec en ligne de mire un objectif de marge opérationnelle ajustée de 8 % pour le groupe en 2029, tout en devant absorber 2,5 milliards de dollars (environ 2,3 milliards d’euros) de surcoût annuel de matières premières et en visant 1 milliard de dollars (près de 930 millions d’euros) d’économies sur les matériaux et les coûts de garantie.

La vidéo à voir

Essai BMW i3 (2026). Notre avis sur l'électrique à grande autonomie

L'argus · 30 oct.

Cet article provient de Auto Plus. Lire l'article original →

Articles similaires