Les voitures électriques séduisent davantage sur le marché de l’occasion… mais un problème persiste
Source : Auto Plus — Auteur : La rédaction Auto Plus
Voir l'article originalSur les parkings des concessions, les rangées de voitures électriques d’occasion s’allongent. Les premiers modèles issus des flottes et des LLD arrivent en masse. Les prix deviennent plus accessibles. Les hausses de carburant donnent envie de passer au tout électrique.
Pourtant, ces modèles restent plus longtemps en vitrine que leurs équivalents essence ou diesel. Selon les données de carVertical, un véhicule électrique d’occasion met en moyenne 147 jours à se revendre. Un modèle essence ou diesel trouve preneur en 101 jours. Cela représente près de 50 % de temps en plus pour l’électrique. Une différence qui pèse sur la rotation des stocks et la trésorerie des concessions. Sur la plateforme carVertical, la part des vérifications d’historique concernant des véhicules électriques a fortement progressé entre le premier trimestre 2025 et le premier trimestre 2026. Ce mouvement se retrouve en France comme en Europe, signe d’un marché actif mais encore en phase de structuration. Et derrière ces chiffres se cache un obstacle bien précis, que les professionnels voient revenir à chaque transaction.
Un marché des voitures électriques d’occasion en plein essor mais encore fragile
Les chiffres montrent que la part de véhicules électriques d’occasion reste modeste sur le marché français. Elle tourne autour de 6% des transactions en 2026. Des études de marché parlent aussi d’un délai moyen d’environ cinq mois pour écouler un véhicule électrique d’occasion. Pour un modèle thermique, ce délai tourne plutôt autour de trois mois. Mais cette part progresse vite, portée par le retour de nombreux modèles ex-flottes ou ex-LLD. Les premières reventes des pionniers du neuf commencent aussi à alimenter l’offre. Pour beaucoup d’automobilistes, l’occasion devient la porte d’entrée la plus accessible vers l’électrique.
Les concessionnaires ressentent cette curiosité grandissante chaque fois que le prix de l’essence grimpe. Un peu plus d’un tiers d’entre eux, 35,9 %, observent un net regain d’intérêt pour l’électrique d’occasion. Ils notent ce surcroît de demandes quand le carburant augmente. 8,5 % considèrent même que cette hausse est le déclencheur principal d’un achat. 29,1 % parlent d’un impact modéré et 19,7 % d’un effet plus discret. Cette dépendance à des facteurs extérieurs rend la demande encore instable, ce qui alourdit la gestion des stocks.
La batterie, talon d’Achille des voitures électriques d’occasion
Pour les professionnels interrogés, le vrai blocage ne se situe plus seulement sur le prix affiché. 62,4 % des concessionnaires identifient la batterie comme premier facteur d’incertitude. Cette inquiétude apparaît au moment de reprendre ou de revendre une voiture électrique d’occasion. Les questions portent sur l’état réel, la durée de vie restante et le coût d’un remplacement. La décote moyenne peut atteindre 67,2 % en dix ans, un chiffre qui pèse lourd dans un budget.
Pour Moundyr Gainou, directeur France de carVertical, le sujet est clair. "Le problème principal n’est plus réellement le prix du véhicule électrique, mais le manque de visibilité sur son état réel, notamment sur la batterie. Les acheteurs veulent être rassurés avant de s’engager", expliquait-il dans Auto Infos. Une phrase qui résume le malaise actuel sur ce marché en pleine construction. Au cœur de ces incertitudes se trouve un indicateur encore méconnu du grand public. Il s’agit du State of Health, ou SoH, qui mesure l’état de santé de la batterie. Les spécialistes considèrent qu’une batterie à plus de 90 % de SoH est presque comme neuve. Entre 80 % et 90 %, elle reste très confortable pour un usage quotidien. Un seuil autour de 70 % signale en revanche une usure déjà sensible. Problème, ce niveau n’apparaît presque jamais dans les annonces et les méthodes de calcul ne sont pas encore harmonisées. Dans ce flou, s’ajoutent les questions sur la recharge au quotidien et le coût de l’électricité. La densité de bornes et l’évolution des règles locales nourrissent aussi une incertitude réglementaire, citée par 21,4 % des professionnels.
Transparence sur la batterie : la clé pour accélérer les ventes de voitures électriques d’occasion
Les études menées sur le terrain montrent pourtant une image plus rassurante que la crainte ambiante. Des campagnes de tests comme celles de MyBatteryHealth ou de Generational couvrent plusieurs milliers de véhicules. Elles indiquent qu’environ 94 % des voitures électriques d’occasion conservent un SoH supérieur à 80 %. À peine 6 % descendent sous ce seuil. Autrement dit, la grande majorité des batteries se trouvent encore en bon état. Cette information reste pourtant invisible pour l’acheteur tant qu’aucun diagnostic clair ne lui est présenté.
Faute de preuve tangible sur l’état de la batterie, beaucoup de candidats à l’achat imaginent un risque élevé. Ils prennent alors davantage de temps pour se décider. Cette prudence se comprend aussi au regard des autres signaux envoyés par le marché de l’occasion électrique. En France, 1,1 % des véhicules électriques contrôlés présentent un compteur falsifié. Ce taux atteint 3,2 % pour les diesels et 2,1 % pour les modèles essence. Les marques les plus touchées par ces falsifications sont Renault, Audi, Mercedes-Benz, Peugeot et Smart. 30,4 % des modèles électriques d’occasion affichent des dommages recensés en 2026. 17,7 % sont importés, parfois avec un historique incomplet, ce qui renforce encore la méfiance. Plusieurs organisations du secteur défendent désormais l’idée d’une mesure du SoH standardisée. Elles avancent aussi le principe d’un "passeport batterie" associé à chaque véhicule. Un tel document, mis à jour au fil des contrôles, suivrait l’état de la batterie comme on suit le kilométrage. L’objectif affiché est de raccourcir les délais de revente des modèles électriques et de fluidifier le marché de l’occasion.
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