Mise en vente prochainement par la maison Bonhams, cette Duesenberg SSJ de 1971 ayant appartenu à Sammy Davis Jr. a une valeur inestimable
Source : Auto Plus — Auteur : Etienne Villaret
Voir l'article originalUne Duesenberg à compresseur sortie tout droit des années 1930, avec Sammy Davis Jr au chapitre des anciens propriétaires, qui quitte un musée pour passer sous le marteau : le scénario a tout d'un film. C'est pourtant bien ce qui attend cette Duesenberg SSJ de 1971, longtemps exposée au National Automobile Museum (Harrah Collection) de Reno, que la maison Bonhams s'apprête à présenter en vente aux enchères à la mi‑juin. Une auto rare, au pedigree singulier, qui réunit à elle seule culture pop américaine, histoire des casinos de Reno et gros V8 compressé, selon AutoEvolution.
Car il ne s'agit pas d'une Duesenberg ordinaire, si tant est que cela existe. Ce roadster de 1971, identifié sous le châssis n° J‑103, est une réplique haut de gamme de la mythique SSJ de 1935. Il affiche un compteur presque neuf pour un modèle de cette époque, avec seulement 5 247 miles, soit 8 444 km. Carrosserie en aluminium, ailes en acier façonnées à la main, peinture marron avec panneaux rouge foncé, intérieur en cuir brun : tout respire le travail d'artisan. Reste une question qui intrigue déjà les collectionneurs : comment mettre un prix sur un tel mélange de star d'Hollywood, de pièce de musée et de muscle car déguisée en aristocrate des années 30 ?
Duesenberg SSJ 1971 : une fausse ancienne devenue vraie pièce de musée
À l'origine, la SSJ est la version courte et suralimentée de la Duesenberg Model J des années 30, produite en quantité infime. Ce statut explique qu'une véritable Duesenberg SSJ de 1935 associée à l'acteur Gary Cooper ait atteint 22 millions de dollars, soit environ 20,5 millions d'euros, lors d'une vente en 2018. Au tournant des années 1970, l'homme d'affaires Bernard Miller relance le nom Duesenberg avec la Duesenberg Corporation, en Californie, pour recréer ce mythe sous la forme de quelques SSJ modernes construites à la main, dont celle de Sammy Davis Jr.
Le roadster J‑103 aujourd'hui proposé par Bonhams repose sur un châssis de camion Dodge, mais son habillage n'a rien d'un kit approximatif. Les panneaux de carrosserie sont en aluminium posés sur une ossature en bois, les ailes sont en acier martelé, les roues en acier reçoivent de larges pneus Firestone à flancs blancs, et les tuyaux d'échappement latéraux sur le côté droit rappellent les Duesenberg suralimentées d'avant‑guerre. L'intérieur mêle cuir brun et matériaux de qualité, dans un style luxueux typique des "neo‑classics" des années 70. Le National Automobile Museum la présente comme une réplique de 1971 d'une SSJ de 1935, avec mention explicite de Sammy Davis Jr comme propriétaire d'origine, ce qui en dit long sur son statut de pièce à part dans la collection.
Sous le long capot, on trouve la vraie surprise. La Duesenberg Corporation a installé un V8 Chrysler de 383 ci, alimenté par un carburateur à quatre corps et épaulé par un compresseur centrifuge Paxton. L'ensemble est annoncé pour 504 ch à 4 800 tr/min, un chiffre qui reste très sérieux aujourd'hui. La boîte automatique est une Chrysler Loadflite à trois rapports, la suspension avant est indépendante à ressorts hélicoïdaux, l'arrière repose sur un essieu à ressorts à lames et le freinage est assuré par de puissants tambours hydrauliques. Pour mesurer l'écart avec l'originale, rappelons que le huit‑cylindres en ligne de 420 ci d'une vraie SSJ des années 30 développait environ 320 ch, déjà considérables pour l'époque.
Bonhams face à une Duesenberg de Sammy Davis Jr à la valeur presque impossible à chiffrer
Cette Duesenberg SSJ 1971 de Sammy Davis Jr va quitter les allées du National Automobile Museum pour rejoindre la vacation "The National Automobile Auction" organisée par Bonhams à Reno, le 13 juin 2026. Pour l'heure, aucune estimation officielle n'est communiquée. Il faut dire que, dès sa naissance, ce roadster jouait déjà dans une autre catégorie : au début des années 70, son prix catalogue tournait autour de 24 500 dollars, soit environ 22 800 euros, plus du double d'une Cadillac neuve. Ajusté à l'inflation, ce tarif représente environ 203 000 dollars actuels, autour de 189 000 euros, ce qui donne une première idée du niveau de gamme visé par la Duesenberg Corporation.
Pour tenter de cerner sa valeur actuelle, un repère existe : une autre SSJ de 1971, le châssis J‑102, a été vendue récemment 151 200 dollars, soit près de 140 000 euros, lors d'une vente RM Sotheby's en janvier 2026 en Arizona. De l'autre côté du spectre, la vraie SSJ de 1935 associée à Gary Cooper a atteint 22 millions de dollars en 2018. Entre ces deux extrêmes, la Duesenberg de Sammy Davis Jr occupe une position très particulière. Elle cumule une provenance de star, une exposition muséale de longue durée, un kilométrage remarquablement faible et une construction artisanale de haut niveau. Et là, une simple grille de cote ne suffit plus vraiment.
Les collectionneurs qui suivront la vente Bonhams devront donc arbitrer entre raison et passion. Raison, parce qu'une SSJ moderne reste une réplique, aussi soignée soit‑elle, et que le marché a montré avec la J‑102 que ces autos se situent pour l'instant dans la fourchette des voitures de collection haut de gamme, loin des sommets atteints par les Duesenberg d'avant‑guerre. Passion, parce que l'exemplaire J‑103 ajoute la signature culturelle de Sammy Davis Jr, figure du Rat Pack, et l'aura d'une voiture longtemps présentée comme pièce maîtresse d'un grand musée américain. Il faut dire qu'une telle combinaison ne se présente pas tous les jours.
Reste à voir jusqu'où les enchères grimperont pour cette SSJ à la fois moderne et nostalgique. Entre amateurs de Duesenberg, collectionneurs de "celebrity cars", musées privés et passionnés de culture US prêts à se laisser séduire par le mélange Rat Pack et V8 compressé, les profils d'acheteurs potentiels ne manquent pas. Une chose semble acquise : pour emporter cette Duesenberg SSJ 1971 de Sammy Davis Jr, il faudra probablement mobiliser une petite fortune, et le résultat final dira beaucoup de l'appétit actuel du marché pour ces néo‑classiques de très haut vol.
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