Pour les gros rouleurs, l’écart entre électrique et thermique atteint désormais plusieurs centaines d’euros par mois
Source : Auto Plus — Auteur : Thomas Morel
Voir l'article originalLa flambée des prix du pétrole renchérit le budget carburant de nombreux automobilistes. Ceux qui accumulent les kilomètres sont les premiers touchés. Dans ce contexte de crises énergétiques à répétition, chaque plein pèse un peu plus lourd dans les comptes du ménage. Le coût du moindre trajet devient une variable scrutée de près.
Une nouvelle analyse de l'ONG Transport & Environment (T&E) se penche sur cette question. Elle montre que le passage à la voiture électrique peut fortement alléger la facture. Même en ne regardant que l'énergie, sans prendre en compte l'entretien ou l'assurance, l'écart est déjà important. Il atteint plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines d'euros par mois selon le kilométrage. Et pour les gros rouleurs qui dépassent les 2 000 km mensuels, les chiffres deviennent très parlants.
Gros rouleurs et voiture électrique : un coût au kilomètre qui bascule
En France, certains dispositifs d'aide à l'achat définissent un gros rouleur de façon précise. C'est un automobiliste qui parcourt plus de 12 000 km par an avec son véhicule personnel pour son activité professionnelle. Il peut aussi s'agir d'un conducteur qui effectue plus de 30 km pour un trajet domicile travail. Ce profil est au cœur des débats actuels sur le pouvoir d'achat. Chaque euro économisé sur 100 km se répercute immédiatement sur le budget mensuel. La MAIF classe par exemple un conducteur à 25 000 km par an dans la catégorie des gros rouleurs.
Pour mesurer l'écart entre voiture thermique et voiture électrique, T&E part d'une hypothèse simple. Les prix moyens observés lors de la première semaine d'avril servent de base aux calculs. Dans ce cadre, une voiture essence ou diesel revient à 14,4 €/100 km. Une électrique rechargée à domicile coûte, elle, 5,6 €/100 km. Le coût de l'énergie est donc plus de deux fois inférieur pour l'électrique. Sur un mois, un automobiliste qui parcourt 1 000 km dépense en moyenne 144 euros en essence. En électrique, pour la même distance, la facture tombe à 56 euros. L'économie atteint alors 88 euros par mois, soit près de 1 050 euros par an sur la facture d'énergie.

Jusqu'à 200 € d'économies par mois pour les gros rouleurs en voiture électrique
L'étude de T&E s'intéresse ensuite au cas type d'un gros rouleur à 2 300 km par mois. Cela représente plus de 27 000 km par an. Sur cette base, T&E retient toujours un coût de 14,4 €/100 km en thermique contre 5,6 €/100 km en électrique. La facture mensuelle atteint alors environ 331 euros pour une voiture essence ou diesel. En face, la voiture électrique rechargée à domicile représente environ 129 euros par mois. L'écart approche les 200 euros par mois, soit près de 2 400 euros par an, uniquement sur le poste énergie.
Il faut tout de même souligner que ces calculs ne tiennent pas compte du reste du budget automobile. Or, quand on regarde le coût total de possession sur plusieurs années, l'avantage change d'échelle. La voiture électrique devient nettement plus intéressante pour les gros kilométrages. Selon la MAIF, un conducteur à 20 000 km par an économise 1 500 euros la première année en électrique. Sur quatre ans, le gain atteint près de 9 344 euros. Le coût total ressort à environ 27 711 euros en thermique contre 18 367 euros en électrique. À 25 000 km par an, classé comme gros rouleur, le gain est encore plus marqué. La première année, l'économie atteint environ 2 100 euros. Sur quatre ans, elle grimpe à 11 732 euros. Le coût total atteint 30 771 euros pour une voiture essence ou diesel contre 19 039 euros pour une électrique. Ces montants incluent l'achat, l'énergie, l'entretien et la revente du véhicule. La MAIF rappelle que les frais d'entretien sont de 20 à 30 % plus faibles pour un modèle à batterie.
Des économies individuelles aux milliards économisés sur le pétrole pour la France et l'Europe
À l'échelle du pays, ces changements de motorisation ont déjà un impact mesurable. Sur la dernière décennie, les voitures électriques ont permis à la France d'éviter l'importation de 33 millions de barils de pétrole. Cela représente l'équivalent de 2,5 milliards d'euros de dépenses en brut selon l'analyse de T&E. L'ONG souligne que la réglementation européenne sur les émissions de CO₂ reste un moteur clé de cette transition. La Commission européenne a pourtant proposé d'abaisser les objectifs de réduction. Le lobby des constructeurs automobiles, l'ACEA, réclame des cibles encore moins exigeantes. D'après T&E, un tel assouplissement entraînerait 74 milliards d'euros d'importations de pétrole supplémentaires pour l'Union européenne sur la prochaine décennie. Ce chiffre est calculé par rapport à un scénario où ces objectifs seraient maintenus. Cette somme quitterait l'économie européenne au lieu d'y être investie.
Dans ce contexte, l'organisation appelle les législateurs européens à maintenir le cap sur l'électrification. Bastien Gebel, responsable décarbonation de l'industrie automobile à T&E France, résume le message, cité par T&E : "Les véhicules électriques protègent les conducteurs contre la flambée des prix du pétrole. Il n'est pas dans l'intérêt de la France ni de l'Europe de ralentir l’électrification, et le gouvernement devrait s'opposer à toute tentative de revenir sur les objectifs de l'UE en matière de voitures électriques. Il devrait soutenir une loi européenne ambitieuse sur les flottes de véhicules, qui aiderait les entreprises à passer aux véhicules électriques et à échapper aux flambées des prix de l'essence." T&E rappelle que le futur règlement européen sur les véhicules d'entreprise devra rester ambitieux. Il devra fixer des cibles d'électrification par pays. L'objectif est de garantir une offre suffisante de modèles électriques abordables. Il s'agit de protéger les automobilistes contre des flambées des prix de l'essence et du diesel.
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