Il paie le remplacement du moteur de son Range Rover, mais l’expertise révèle une surprise
Source : AutoSection — Auteur : André Lefèvre
Quand son Range Rover tombe en panne nette sur la route, trois mois après l’achat, ce propriétaire pense au pire. Le garagiste lui annonce un remplacement complet du moteur. Il accepte la facture de 9 252,97 €, persuadé de repartir avec un bloc d’occasion en bon état.
Pendant plus d’un an, pourtant, les voyants moteur continuent de s’allumer, les garages se succèdent, les factures aussi. Une expertise amiable, demandée au titre de son assurance protection juridique, va tout changer. Elle révèle que le moteur monté dans son Range Rover Evoque 2.0d est toujours celui d’origine. Le tribunal notera que le garage avait pourtant facturé un remplacement complet, pour un montant de 9 252,97 €. C’est cette discordance qui va tout faire basculer.
Panne brutale et devis moteur : quand le Range Rover Evoque retourne au garage
Tout commence le 16 décembre 2023. Ce jour-là, cet automobiliste achète auprès d’un particulier un Land Rover Range Rover Evoque 2.0d d’occasion pour 17 400 €. Le 19 mars 2024, alors qu’il circule sur route, un voyant moteur rouge s’allume. Le message "défaut moteur" apparaît, l’information "huile usagée" s’affiche et un bruit anormal se fait entendre.

Le véhicule est remorqué jusqu’au garage Auto Services, où un mécanicien explique qu’il faut remplacer le moteur complet. Le professionnel propose un bloc d’occasion en réemploi, affichant 50 700 km. L’intervention inclut le remplacement du filtre à gasoil, du liquide de refroidissement, une vidange moteur et une recharge de climatisation. Le véhicule reste au garage jusqu’au 11 juillet 2024. La facture n°24-07-595 du 12 juillet 2024, pour le remplacement du moteur, atteint 9 252,97 € TTC. Elle est réglée par un acompte de 7 096,46 € le 31 mai et un solde de 2 156,51 € le jour de la restitution.
Expertise, moteur d’origine et garagiste condamné pour réparation non effectuée
Malgré cette lourde intervention facturée comme un remplacement complet, le SUV présente rapidement de nouvelles alertes. Des fuites d’huile apparaissent, le voyant moteur se rallume. Le propriétaire se tourne vers un autre garage dès le 22 juillet 2024, pour une recherche de panne et un décalaminage, facturés 61,88 €. Il revient ensuite chez Garage Auto Services le 8 août 2024, pour le remplacement d’une sonde à oxygène, facturée 242,52 €. Il confie encore son Evoque à deux autres ateliers en 2024, pour une vidange avec filtre à huile à 151,94 €. Un traitement du filtre à particules à l’hydrogène lui coûte encore 150 €. Le 17 janvier 2025, une vanne EGR et un filtre à carburant sont encore remplacés pour 638,70 €. Une facture de 575,98 € pour des bougies de préchauffage, datée du 21 novembre 2024, reste impayée. Au total, persuadé que le moteur a été changé, il engage encore 1 245,04 € pour tenter de retrouver un fonctionnement normal.
Face aux pannes qui ne disparaissent pas, il déclare un sinistre à son assurance protection juridique, qui mandate le cabinet EXPAD. L’expert [K] [W] organise deux réunions contradictoires les 4 et 25 mars 2025, avant de déposer son rapport le 7 avril 2025. Une analyse d’huile réalisée le 19 mars 2025, par le laboratoire ADELA, conclut : "Nous relevons une teneur en silicium extrêmement élevée. Cette dernière est a priori à mettre sur le compte d'une altération métallurgique sévère au niveau pistons". Surtout, l’expert vérifie auprès du réseau Land Rover le numéro de série du moteur d’origine. Il le compare avec celui gravé sur le bloc présent dans le véhicule lors de l’examen. Le constat est sans appel : le moteur est celui d’origine, et le garage n’a pas procédé au remplacement facturé. Le tribunal judiciaire de Mont-de-Marsan rappelle que le garagiste a une obligation de résultat sur les réparations. Il qualifie cette facture de remplacement moteur non réalisé de pratique commerciale trompeuse au sens de l’article L.121-2 du Code de la consommation. La société Garage Auto Services, qui n’a pas constitué avocat, est déclarée responsable des préjudices subis par le client. Elle doit lui rembourser 9 252,97 € pour la facture moteur et 1 245,04 € de frais engagés pour tenter de réparer les dysfonctionnements. Le juge alloue aussi un préjudice de jouissance de 1 875 €, soit 150 € par mois sur douze mois et demi. Le tribunal retient encore un préjudice moral de 300 €. Il accorde 2 000 € sur le fondement de l’article 700 du Code de procédure civile, en plus des dépens. Sa demande de remboursement de prime d’assurance est rejetée. Le tribunal rappelle que l’obligation d’assurer le véhicule subsiste même lorsqu’il reste immobilisé. Ce cas de réparation non effectuée facturée comme un remplacement de moteur montre l’intérêt de conserver les documents de réparation. Il met en lumière le rôle d’une assurance protection juridique pour déclencher une expertise et faire valoir ses droits face à un professionnel défaillant.
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